<p>Malgré la perte de ses couleurs, la Sophocléenne est l'une des plus belles des "Tanagréennes" découvertes par milliers au début des années 1870 sur le territoire de l'antique cité de Tanagra (actuelle Grimadha, en Béotie). Parmi les sujets variés livrés par les tombes, ce sont surtout les femmes drapées qui séduisirent les contemporains et contribuèrent à la réputation moderne de Tanagra. Durant l'Antiquité, une valeur religieuse, en lien avec Aphrodite, leur était probablement attribuée.</p>
<p>Une appellation moderne</p>
<p>Pièce maîtresse parmi les figurines découvertes à Tanagra, la Sophocléenne a ainsi été nommée en raison des similitudes d'agencement de son manteau et des positions de sa main droite et de vetement sur mesure son coude gauche avec ceux du portrait présumé de l'auteur tragique Sophocle (env. 496406 av. J.C.). Erigé dans le théâtre de Dionysos à Athènes entre 336 et 324 av. J.C. à la demande du magistrat Lycurgue, l'original en bronze de la statue, parfois attribué à l'artiste attique Léocharès, a aujourd'hui disparu. Nous en gardons cependant le souvenir grâce à des répliques en marbre d'époque romaine dont la plus complète est conservée au musée du Vatican. Si les plis majeurs du vêtement sont identiques céline sac - céline sac sur les deux uvres, des différences sont toutefois notables : la jambe fléchie déterminant la pondération n'est pas la même ; unchiton a été ajouté sous l'himation de la figure féminine et celuici est rabattu en voile sur sa tête ; enfin, la retombée de l'himation du côté gauche est longue et sinueuse pour la terre cuite, courte et rectiligne pour le Sophocle.</p>
<p>Fortune d'un type</p>
<p>L'on situe donc vers 330300 av. J.C., à la suite du Sophocle, la création du prototype de la Sophocléenne. A partir de ce premier modèle, court sans doute exécuté par un atelier athénien, des moules et des tirages ont pu être réalisés. Par le biais du commerce, son schéma a rapidement été reproduit et modifié par tous les ateliers du monde grec durant plus d'un siècle. Des statuettes du type dit de la Sophocléenne ont ainsi été trouvées dans des tombes mais aussi dans des sanctuaires, en Crète et à Chypre, à Callatis et Amisos, sur la Mer noire, à Lesbos, Myrina et Smyrne, en Asie Mineure, à Alexandrie et à Cyrène, en Sicile et en Italie. Avec sa longue et sinueuse chute de plis, la Sophocléenne du Louvre illustre une des deux versions connues du type. L'autre version, plus fidèle au modèle du Sophocle, ne possède qu'une courte retombée de plis. D'une qualité plastique remarquable, la statuette serait peutêtre l'un des premiers tirages réalisés et montre, en tout cas, l'inégalable maîtrise technique des artistes de Tanagra, ceux qui se sont emparés avec le plus de réussite des modèles attiques. Elle appartient à un groupe présentant des similitudes à la fois stylistiques et physicochimiques de l'argile constitutive des pièces, vraisemblablement produites par le même atelier que la Dame en Bleu.</p>
<p>De minutieuses observations ont mis en évidence unepolychromie aujourd'hui disparue qui rendait la statuette unique : sa plaquette était gris noir, ses chaussures rouge vif, son chiton jaune et son manteau peutêtre peint d'un violet qui aurait alors été obtenu par la juxtaposition de rose et de bleu. Ses chairs étaient rose pâle et ses pupilles et ses lèvres devaient être colorées. Les fouilles clandestines de la nécropole de Tanagra nous ayant privé du contexte d'enfouissement, nous ne savons pas si elle avait été déposée dans une tombe de femme ou d'enfant. Elle devait y avoir une valeur symbolique liée au mariage et à Aphrodite.</p>
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